I-Le bassin-versant du Thouet: caractéristiques physiques.

La rivière représente un état d’écoulement de l’eau dans son cycle physique, lié à une pente naturelle et la force gravitaire. Le cycle physique de l’eau tient à la fois des phénomènes atmosphériques et du domaine terrestre. Le climat génère le cycle de l’eau par ses précipitations. Au sol, dans un premier temps, c’est la topographie qui va déterminer l’impluvium ; le bassin-versant. La nature du sol détermine le type d’écoulement de l’eau vers le point bas. Selon sa nature, l’écoulement des eaux sera superficiel, hypodermique ou l’eau sera infiltrée. La géologie du bassin-versant détermine alors le stockage de l’eau en profondeur et sa capacité de restitution. Dès son arrivée sur la terre ferme, l’eau est restituée à l’atmosphère par évapotranspiration. Le cycle de l’eau se résume en ces deux termes : apports et stockage, l’atmosphère et la surface terrestre agissant en interaction afin de maintenir un équilibre. Ces deux notions déterminent alors le régime hydrologique de la rivière souvent perturbé par la présence de l’Homme.

cycle de l'eau

1. Topographie et situation du bassin-versant

Le bassin-versant du Thouet constitue une surface de 3315 km² au Sud de la Loire dans le Grand Ouest. C’est un espace rural, situé sur 3 zones administratives. Maine & Loire au Nord, Deux-Sèvres pour l’essentiel et la Vienne où s’écoule l’affluent de la Dive. Nous distinguerons trois sous parties : le relief, l’hydrographie et le paysage –occupation du sol-.

1.1– Le relief

Le relief laisse apparaître une pente naturelle du Sud vers le Nord – voir figure n°1 -, avec des hauteurs allant de plus de 240m dans la commune de Secondigny –au Sud-, à une trentaine de mètres dans la zone bordant la Loire. Ceci représente une pente naturelle de 210 m environ sur 100km du Sud au Nord.

Les hauteurs délimitant le bassin-versant varient dans le même ordre de grandeur. D’une manière générale, on constate une dissymétrie du bassin par rapport au cours d’eau. L’impluvium est davantage étalé à l’Ouest qu’à l’Est du cours d’eau. Par endroit, le rapport est de 1 à 2. L’Ouest est marqué par la présence du relief de la Gâtine avec une altitude moyenne d’environ 200m. Nous le verrons par la suite, le relief de la Gatîne est un élément déterminant sur le bassin-versant du Thouet. A l’inverse, l’Est et le Nord ont un profil de plaine.

1.2– L'Hydrographie

Le Thouet prend sa source sur les crêtes de Gatîne à une altitude d’environ 240m dans la commune de Le Beugnon en Deux-Sèvres à l’Ouest de Parthenay. Il parcourt une trentaine de kilomètres, contraint par le relief, en direction Sud-Ouest / Nord-Est. Dans la commune de La Peyratte, il se dirige vers la Loire sur un axe Sud /Nord.

Le Thouet a 4 affluents principaux - voir figure n° 2-. D’amont en aval, le Cébron conflue avec le Thouet sur la commune de Saint-Loup Lamairé. Le Thouaret se jette dans le Thouet sur la commune de Taizé, au Sud de Thouars. L’Argenton s’y déverse à Saint Martin de Sanzay, au Sud de Montreuil-Bellay. Ces 3 affluents sont de rive gauche. Seule la Dive qui traverse les départements de la Vienne, des Deux-Sèvres et du Maine & Loire, est un affluent de rive droite, confluant sur la commune de Saint-Just /Dive.

Des affluents de plus petites tailles se jettent directement dans le Thouet . C’est le cas notamment du Buret et le Gâteau en rive droite et de La Cendronne et du Douet en rive gauche. Ces petits cours d’eau sont eux-mêmes alimentés par une multitude de petits ruisseaux, notamment observables dans la zone Sud de Parthenay.

On dénombre sur le bassin quelques étangs et plans d’eau. Du Nord au Sud, on trouve l’étang de Marson, La Ballastière, Juigny, la Madoire, le lac de Moncontour, le lac du Cébron et l’étang des Mothes. Ces étangs, pour la plupart se situent dans la partie Ouest du bassin. Le lac du Cébron doit sa présence à la mise en place d’un barrage en amont de sa confluence avec le Thouet.

le Thouet : bassin-versant de 3315 km² dont 1211 km² qui lui sont propre, 152 km de long, conflue en rive gauche de la Loire.

Les 4 principaux affluents du Thouet :

Le Cébron en amont immédiat du barrage

Photographie n°1 Le Cébron en amont immédiat du barrage – Simon Georget 12/05/00

Le Thouaret à St-Varent

Photographie n°2 Le Thouaret à St-Varent – Simon Georget 12/05/00

L’Argenton

Photographie n°3 L’Argenton – Simon Georget 12/05/00

Le canal de la Dive

Photographie n°4 Le canal de la Dive – Simon Georget 22/04/00

1.3- Les paysages et pratiques agraires

L’ analyse de cartes au 1/100 000 éme, qui rend possible une vue d’ensemble sur l’espace étudié ne permet pas une description fine du paysage. La pratique du terrain et l’étude de cartes à plus grande échelle sont nécessaires pour le définir.

Le défrichement est marqué sur le bassin. Peu d’espaces boisés y demeurent. On les trouve essentiellement dans la partie Nord –Maine & Loire ainsi qu’à l’Est , en bordure du Thouet. La vallée est boisée dans ses zones encaissées.

On peut distinguer 3 grands ensembles paysagers très liés à la topographie. Le Sud-Ouest et l’Ouest constituent un ensemble situé sur une zone de relief ondulé, ne permettant pas une ouverture du paysage. Il se caractérise par un paysage bocager avec des petites parcelles, la présence de prairies et la fermeture du paysage notamment par des haies – photographie n° 5 -. L’Est est marqué par un paysage ouvert de plaine avec de grandes parcelles céréalières – photographie n° 6 -. Enfin, au Nord, on observe un paysage de plaine où se pratique notamment la culture de la vigne.

Paysage bocager au Sud du bassin-versant

Photographie n°5 Paysage bocager au Sud du bassin-versant – Simon Georget 22/04/00

Plaine à l’Est du bassin-versant

Photographie n°6 Plaine à l’Est du bassin-versant – Simon Georget 12/05/00

2. Géologie/Hydrogéologie

D’un point de vue géologique, le bassin-versant du Thouet se divise en deux grands ensembles - voir figure n° 3 -. A l’Ouest, les terrains granitiques du Massif Armoricain s’étendent jusque dans la vallée du Thouet. Ces terrains primaires, constitués de roches éruptives et métamorphiques sont recouverts dans la partie Est par les terrains sédimentaires du Bassin Parisien. Cette transgression sédimentaire se fait de l’Est vers l’Ouest. Du Sud au Nord, les couches sédimentaires passent de la rive droite du Thouet sur la rive gauche et gagne l’ensemble du Massif Armoricain contenu dans le bassin. Elles recouvrent l’ensemble de la partie Nord du bassin-versant où affleurent les terrains sédimentaires les plus récents (tertiaires et alluvions).

Afin de caractériser les couches géologiques sur le bassin-versant, nous avons organiser la rédaction, par la capacité des formations à constituer des réserves en eau ainsi que par la taille qu’elles occupent. Le croisement de ces deux paramètres détermine le stockage " potentiel " en eau dans le sous-sol du bassin-versant.

Le Dogger, constitué des couches jurassiques calcaires de l’Aalénien supérieur au Callovien, a pour caractéristique une infiltration conséquente, dû à une perméabilité relativement élevée et une porosité d’interstices. Les couches du Dogger sont aussi soumises à des fissurations et parfois même, au phénomène de karstification. Présentes à l’Est du bassin-versant, elles forment le principal terrain d’infiltration des eaux et constituent ainsi la réserve aquifère la plus importante.

Le socle granitique, situé dans la partie Ouest du bassin-versant, est un terrain relativement peu perméable. Il ne présente donc que peu d’intérêt en terme de réserve d’eau mais constitue une zone de ruissellement des précipitations. Les ressources en eau du socle sont assez faibles, cependant le granite fissuré peut-être aquifère en profondeur. En effet, les failles apportent une provision d’eau aux différents terrains car elles permettent une infiltration directe et rapide. On trouve ces failles au Sud-Ouest du bassin-versant, dans le socle granitique, ainsi que sur les terrains aquifères du Dogger, à l’Est de Thouars (voir coupe géologique) et à Loudun.

Le cénomanien inférieur, terrain très aquifère car perméable et poreux, ne représente pas ici une grande réserve d’eau. On ne le trouve que localement en aval de Saint-Loup/Thouet.

Des formations argileuses affleurent au Sud du bassin-versant. D’une manière générale, elles suivent la ligne de contact Dogger/socle granitique, ce qui justifie sa disparition plus au Nord. Ces formations peuvent donner lieu à quelques écoulements souterrains.

Enfin, d’une manière générale, les alluvions du Thouet ne sont pas assez étendues pour constituer une réserve d’eau souterraine importante. Elles sont très peu marquées sur ses affluents, à l’exception de la Dive. Affluent de rive droite, la Dive se situe dans une zone de plaine sédimentaire et dispose d’un lit plus large.

La partie Nord du bassin-versant, bien ancrée dans la plaine sédimentaire du Bassin Parisien, mérite une attention particulière de part la confluence du Thouet avec la Loire. On observe dans cette zone beaucoup plus d’alluvions ainsi que la présence de terrasses. Au Nord-Est du bassin-versant, la présence de la Loire est marquée par la présence de limons de plateaux qui recouvrent sur une faible épaisseur les formations continentales de l’Eocène. Aussi, les formations du Crétacé sont beaucoup plus présentes que sur le reste du bassin-versant.

Figurent encore, sur le bassin-versant, des couches géologiques qui ne présentent que peu d’intérêts en terme de réserve d’eau :

Afin de permettre une lecture chronologique de l’organisation géologique du bassin-versant, une échelle des temps géologique a été dressé en figure n° 4.

Etude de la coupe géologique – figure n° 5 - :

Le choix du tracé de la coupe s’explique par sa capacité à représenter les différents types de terrains. La coupe met en avant deux cours d’eau : le Thouet à l’Ouest et l’affluent de la Dive à l’Est. Par conséquent, elle permet de délimiter, plus ou moins bien les sous bassins de ces deux cours d’eau. Au niveau géologique, elle montre l’affleurement du socle granitique à l’Ouest et le Dogger (J3, J2, J1) sur le reste du profil qui constitue, nous le rappelons, l’essentiel des réserves en eau. On constate d’ailleurs que l’ensemble des couches du Dogger constitue une strate d’environ 60 mètres d’épaisseur. Il est cependant important de noter que le Dogger, ici bien représenté, ne couvre en réalité qu’une partie du bassin –600km² selon l’étude Horizons.

On observe aussi sur cette coupe le cénomanien inférieur (C1-2a), délimité à l’Ouest par une faille. Ces deux aspects géologiques reprennent donc les deux types d’infiltration de l’eau auparavant énoncés, c’est à dire l’infiltration par perméabilité et porosité du matériau pour le premier et l’infiltration " en grand " lié à la présence de failles pour le second.

La présence des deux cours d’eau sur le profil permet de comparer leur vallée. On observe au niveau de la vallée du Thouet et sur la pente la plus douce, des alluvions anciennes peu fréquentes sur la vallée du Thouet. Le talweg le plus à l’Ouest représente le lit fluvial du Thouet. Il est directement sur le socle granitique et difficilement érodable. A contrario, on constate que le fond de vallée de la Dive, couvert d’alluvions récentes est plus étendu en largeur. Le calcaire est un matériau plus sensible à l’érosion.

3. Pédologie

Les Chambres d’Agriculture des départements des Deux-Sèvres, Maine & Loire et Vienne nous ont fourni la typologie des sols sur leur département respectif. Nous avons de ce fait établi une carte synthétisant l’ensemble du bassin-versant – figure n° 6 -.

La nature des sols résulte de divers facteurs : la topographie, le climat, la végétation, la roche mère et l’occupation humaine.

La partie Ouest du bassin-versant est principalement formée sur une roche mère granitique et schisteuse. Les plaines de l’Est et du Nord sont formées de terrains d’origine calcaire.

Les différents sols sur le bassin-versant et leurs caractéristiques :

Le profil des sols est dressé en figure n° 7.

Localement sur le bassin-versant, on trouve des tourbières, sols hydromorphes très riches en matière organique. Elles sont les plus présentes sur La Dive où celles-ci étaient auparavant exploitées. On les observe en moindre mesure sur le Thouet et quelques petits affluents. C’est le cas notamment du Douet, qui fera l’objet d’une attention particulière dans la seconde partie de l’étude.

Nous avons mis en avant, dans cette partie, la vocation agricole des sols. Nous le verrons dans la suite de l’étude, l’agriculture tient une place primordiale au niveau des activités humaines. Il semble donc important de préciser la relation de cause à effet. Indépendamment de cela, nous tenons à souligner la diversité des sols rencontrés, qui implique une plus grande richesse du milieu.

4. Climatologie

Le bassin-versant du Thouet, situé à quelques dizaines de kilomètres seulement de la côte atlantique, est soumis au climat océanique. Il se caractérise par une douceur thermique et des précipitations moyennes plutôt bien réparties au cours de l’année.

Sur une telle surface que représente le bassin-versant, la diversité des milieux traversés est telle que nous ne pouvons nous contenter d’analyser les caractéristiques climatologiques en un seul point. Nous travaillerons donc sur la station de Saumur au Nord du bassin-versant et sur celle de Niort à quelques kilomètres au Sud de la limite (Sud) du bassin.

4.1 – Les températures

Les moyennes thermiques sont calculées sur la période 1959-1988 pour Niort et 1966-1995 pour Saumur.

Figure n° 8 – Les températures moyennes à Niort et Saumur

températures Jan. Fév. Mars Avril Mai Juin Jui. Août Sep. Oct. Nov. Déc. Année
Niort 4.8 5.9 8 10.7 13.8 17.5 19.7 19.1 17.1 13 8 5.4 11.9
Saumur 5.1 6 8.3 10.6 14.2 17.5 20 19.7 16.8 13 8.1 5.6 12
Réalisation personnelle SOURCE : Météo France

Une centaine de kilomètres sépare les deux stations et aucune différence n’est réellement notable en terme d’écarts de températures. La moyenne annuelle est sensiblement la même à Saumur et à Niort avec 12°c pour la première et 11.9°c pour la deuxième station.

Pour les 2 stations, les minima de températures sont en janvier durant la saison d’hiver et les maxima sont en juillet durant la saison d’été. On peut noter que les températures sont toujours un peu plus chaudes de quelques dizaines de degrés à Saumur.

Au final, au Nord ou au Sud du bassin-versant, l’amplitude thermique est de 14.9°c.

Cependant, localement on observe des disparités au niveau des températures moyennes. Dans le Sud-Ouest du bassin-versant, on observe une zone de relief dépassant les 200 m d’altitude, où les températures moyennes oscillent entre 10.8°c et 11.2°c -voir figure n° 9-. Le relief est la cause de cette baisse de températures avec l’effet de gradient thermique de 1°c pour 100 m d’altitude environ.

Figure n° 9 - TEMPERATURE MOYENNE ET PLUVIOMETRIE ANNUELLE DANS LES DEUX-SEVRES : l’influence des facteurs zonaux.

Les documents qui suivent sont établis à partir de données recueillies sur la période 1959-1988

L’espace le plus froid est la zone de relief formée par les Crêtes de Gâtine.

Les précipitations maximales sont situées sur le relief qui fait office de barrage. Vers le Nord, au voisinage de la Vienne et du Maine & Loire, la continentalité se fait sentir par la baisse des précipitations.

SOURCE et réalisation des documents: Chambre d’Agriculture des Deux-Sèvres.

4.2 - Les précipitations

Elles sont présentes toute l’année, mais réparties différemment sur le bassin-versant. On observe de gros écarts d’une zone à l’autre.

Pour Niort (Sud du bassin-versant), les moyennes sont calculées sur la période 1959-1988.
Pour Saumur (Nord du bassin-versant), les moyennes sont calculées sur la période 1966-1995.

Précipitations annuelles

Figure n° 10 - Comparaison des précipitations sur l’année à Niort et Saumur

Réalisation personnelle SOURCE : Météo France

Les variations de précipitations sont relativement importantes. Elles varient quasiment du simple au double pour le mois de décembre, avec 97 mm à Niort et 51.6 mm à Saumur. Les écarts sont plus faibles durant l’été mais demeurent considérables. En juillet, le mois où les écarts sont les moins importants, on obtient 44 mm d’eau précipitée à Niort et 38.9 mm à la station de Saumur.

A l’année, le total des précipitations est de 892 mm à Niort alors qu’il n’est que de 562.2 mm à Saumur.

Cette diminution de précipitations du Sud au Nord peut s’expliquer par l’augmentation de la continentalité et l’effet d’abri.

Localement, comme pour les températures, le relief agit sur les précipitations. Ainsi, les nuages amenés de l’océan par les vents du Sud-Ouest traversent facilement la plaine de Vendée et se condensent sur les premiers reliefs rencontrés qui sont les crêtes de Gâtine. Le phénomène alimente régulièrement et abondamment ces reliefs, ce qui en fait la zone la plus pluvieuse du département avec un total supérieur à 950 mm/an. C’est sur cet espace que le Thouet prend sa source.

4.3 - Ensoleillement / Evapotranspiration

La durée d’insolation est proche de 2000 heures par an. Elles oscille sur l’ensemble du bassin-versant en fonction de facteurs locaux. A Saumur, toujours sur la même période de 30 ans, la durée totale annuelle d’insolation est exactement de 1898.6 heures.

Les moyennes suivantes, exprimées en mm, sont calculées sur la période 1959-1988.

Figure n° 11 - L’évapotranspiration sur le bassin-versant du Thouet

Niort Jan. Fév. Mars Avril Mai Juin Jui. Août Sep. Oct. Nov. Déc.
P 94 74 74 64 77 56 44 62 68 84 98 97
ETP 11.4 21.2 46.9 76.4 102.1 125.4 135.8 117.9 78.2 42.1 16.6 8.1
P-ETP 82.6 52.8 27.1 -12.4 -25.1 -69.4 -91.8 -55.9 -10.2 41.9 81.4 88.9
Réalisation personnelle SOURCE : Météo France

Le bilan pluvio-évapotranspiratoire annuel est excédentaire. Il est de 109.9 mm à Niort.

Cependant, nous devons considérer ces chiffres avec beaucoup de précautions car ils représentent uniquement la situation en un point donné où les précipitations ne manquent pas. En allant vers le Nord, le bilan pluvio-évapotranspiratoire devient déficitaire.

5. L'occupation humaine

La présence humaine sur le bassin-versant du Thouet date de la Préhistoire, comme en témoignent les menhirs et dolmens qui longent le cours d’eau. On peut en voir notamment à Bagneux dans le Maine & Loire et à Monpalais (Sud-Est de Thouars) dans les Deux-Sèvres.

Aujourd’hui, on évalue la population du bassin-versant à environ 200 000 habitants. On peut délimiter le bassin par 4 villes formant un quadrilatère : Saumur au Nord, Parthenay au Sud, Bressuire à l’Ouest et Loudun à l’Est. Le bassin-versant reste néanmoins à dominante rurale.

5.1 - L’espace rural

Il n’est pas homogène sur l’ensemble du bassin-versant. On distingue la zone bocagère de l’Ouest et le Sud où l’habitat est dispersé et la zone de plaine Nord et Nord-Est où l’habitat est groupé. Dans les deux cas, de nombreuses communes ne dépassent pas les 500 habitants.

Sur cet espace, est essentiellement pratiquée l’activité agricole. Les paysages sont façonnés par l’agriculture et les liens sont très étroits entre l’activité agricole et le milieu sur lequel elle se développe. Les besoins d’alimentation en eau se font par prélèvements directs en rivière ou sur les plans d’eau observés. La restitution de l’eau, après usage, se fait par infiltration dans le sol mais aussi par drainage. Le drainage accélère le ruissellement et apporte une eau surchargée en minéraux et matières organiques.

L’agriculture est consommatrice d’eau et joue bien souvent le rôle de perturbateur dans l’équilibre du cycle de l’eau.

5.2 - L’espace urbain

Si on se réfère à la définition de l’INSEE de 1962, une dizaine de villes seulement méritent cette appellation puisqu’elles dépassent la valeur seuil définit à 2 000 habitants agglomérés. Elles représentent environ la moitié de la population totale du bassin-versant. Cependant, nous continuerons à qualifier le bassin-versant d’espace rural car il ne comprend pas de grosses villes – voir figure n° 12 -. En effet, la ville la plus importante est celle de Saumur qui se situe dans le Maine & Loire avec 30 000 habitants. Viennent ensuite celles de Bressuire dans l’Ouest avec 18 400 habitants, Thouars au centre du bassin avec 11 900 habitants, Parthenay avec 11 700 habitants, Loudun avec 8500 habitants, Doué La Fontaine avec 6 900 habitants et Montreuil-Bellay avec 4 300.

5.3 - Les voies de communication

A l’exception de Doué La Fontaine, les principales villes sont reliées entre elles par voies ferrées. Mais le chemin de fer ne constitue pas le principal moyen de communication.

Le réseau est essentiellement routier et s’organise sur deux axes : Est/Ouest et Nord/Sud. L’axe Est /Ouest traverse les villes de Bressuire, Thouars et Loudun. Il s’ouvre pleinement à l’Est sur le département de la Vienne et à l’Ouest sur la Vendée.

L’axe Nord/Sud présente en ce qui nous concerne davantage d’intérêts. La route Niort/ Saumur unit les villes de Parthenay, Thouars et Montreuil-Bellay et suit la même direction que le Thouet. Elle contribue à briser la frontière administrative qui existe entre les Deux-Sèvres et le Maine & Loire et qui découpe l’unité géographique du bassin-versant du Thouet. Elle doit dans les années à venir connaître un élargissement de ses voies – 3 au lieu de 2- dans le département des Deux-Sèvres. Elle est actuellement en travaux entre Parthenay et Thouars.

6. Hydrologie

6.1- Le lit fluvial

Nous analyserons ici le lit fluvial de deux manières ; le profil longitudinal et le profil transversal.

6.1.1 - le profil longitudinal

Il s’étudie d’amont en aval, de la source du Thouet, dans la commune de Le Beugnon jusqu’à sa confluence avec la Loire. Rappelons-le, le Thouet parcoure 152 Km sur une pente de 210m environ. Sur son parcours, il rencontre des discontinuités à l’échelle locale et à l’échelle régionale. A grande échelle, des seuils rocheux ou formés d’alluvions se constituent au fond du lit. Le phénomène inverse, de creusement se produit aussi dans les formations les plus tendres et constitue les mouilles. Bien que très localisées, ces formations ont en aval du cours d’eau des incidences sur sa dynamique, notamment sur sa compétence et sur les dépôts alluviaux. Les chaussés de moulins jouent le même rôle que les seuils ou les mouilles. On dénombre, actuellement, 102 moulins sur le cours d’eau du Thouet.

A plus petite échelle, le lit fluvial est soumis au facteur géologique. Le Thouet, situé sur la zone de jonction de deux grands ensembles géologiques, repose sur différentes roches. La nature de ces roches et en particulier leur résistance à l’érosion détermine non seulement la pente mais aussi la largeur de la vallée et son style fluvial –voir Annexe A-. Le style fluvial dépend, quant à lui, des débits, de la pente et des transports solides.

De sa source jusqu'à la confluence avec la Loire, le Thouet traverse des terrains géologiques aux caractéristiques différentes qui déterminent son tracé. D’une manière générale, on trouve les roches les plus dures en amont et les plus tendres en aval. Dans la réalité, ce schéma est plus complexe car localement affleurent dans un terrain géologique des roches de nature autre. On peut observer ce phénomène au niveau du Cirque de Missé.

Le Thouet est un cours d’eau à chenal unique qui se dédouble localement par la présence d’îlots ou d’atterrissements. Il est tour à tour méandré ou rectiligne.

Les méandres impliquent un système d’érosion particulier : l’eau érode la rive concave et déposent les éléments érodés sur la rive convexe.

Le style fluvial agit sur la compétence de la rivière et marque l’évolution du cours d’eau.

Nous avons procédé à un découpage du Thouet en 6 parties afin de mieux caractériser son style fluvial – voir figure n° 13 - :

Cette caractérisation du style fluvial est à relativiser et l’apport de notion d’échelle est nécessaire. Elle a été effectuée à l’échelle 1/100 000 éme et à une échelle de référence autre, la caractérisation sera sans aucun doute différente.

6.1.2 - le profil ransversal

Max Derruau définit le lit fluvial comme " un espace qui peut-être occupé par les eaux d’un cours d’eau ". Or, non seulement il n’est pas toujours très simple de définir les limites supérieures du lit fluvial parce qu’elles sont changeantes dans le temps, mais aussi elles varient dans l’espace. Là encore, pour des raisons géologiques et hydrauliques, le lit fluvial et la vallée n’ont pas les mêmes caractéristiques d’un point à l’autre sur la rivière.

Sur le terrain métamorphique où le Thouet prend sa source, le lit fluvial est étroit et peu encaissé car la roche présente des caractéristiques de résistance très forte à l’érosion. Peu après, l’encaissement se fait sur les terrains du socle granitique, de Parthenay à Airvault. Sur les terrains sédimentaires du Jurassique et du Crétacé, la vallée s’ouvre ou rétrécit suivant la résistance des différentes couches. De Airvault à Saint-Jean de Thouars, la vallée demeure assez pentue. A partir de Thouars, la hauteur de la vallée diminue et le lit fluvial s’élargit. Enfin, de Saint-Martin de Sanzay jusqu’à Saumur, le Thouet prend les caractéristiques d’une rivière de plaine. Les photographies n° 7 et 8 expriment la diversité du profil pris par le Thouet.

C’est le profil de la vallée qui détermine les différents lits :

Le Thouet à La Trébesse : lit étroit

Photographie n°7 Le Thouet à La Trébesse : lit étroit – Simon Georget 12/05/00

Le Thouet, rivière de plaine. Au niveau de la confluence avec la Loire.

Photographie n°8 Le Thouet, rivière de plaine. Au niveau de la confluence avec la Loire. – Simon Georget 25/04/00

6.2- Régime fluvial

Au cours de l’année, le cours d’eau connaît des évolutions étroitement liées au climat et aux autres facteurs en interaction. Les précipitations et les températures jouent un rôle prépondérant dans l’écoulement. Le facteur thermique est le déclencheur des précipitations et détermine aussi leurs rythmes saisonniers –Eté/ Hiver-. Il influe aussi sur le devenir de ces eaux de pluie avec l’évapotranspiration. Les écoulements, qui sont alimentés par les précipitations, ont un rythme déterminé par une multitude d’autres facteurs : la végétation, le sol et la roche mère, l’Homme, la faune, …

Sur le sol, les précipitations se divisent en trois fractions : l’écoulement, l’évapotranspiration, le stockage.

6.2.1 - Analyse et caractérisation du Thouet

Comme pour les données climatiques, les données hydrologiques doivent être considérées sur une période de temps relativement longue pour caractériser un régime. Pour ce travail, nous nous sommes basés sur des données regroupant 27 années sur la période 1965-1991 concernant le Thouet à la station du pont de Chacé.

La variation de niveau d’eau et des débits est très importante sur le Thouet - voir figure n° 14 et 15 -. Les débits de hautes eaux s’observent pendant la période hivernale avec des débits moyens respectifs de 41.7 , 49.7 et 32.2 m³/s pour les mois de janvier, février, mars. C’est durant le mois d’avril que la courbe de débits moyens passe sous celle du module annuel de 19.7 m³/s. Les débits moyens de basses eaux sont les plus faibles durant les 3 mois d’été avec des valeurs de 3.99 , 2.98 et 3.07 m³/s. De mai à octobre, les débits sont inférieurs au débit annuel moyen.

On peut calculer le coefficient d’éxcessivité en prenant la valeur du débit mensuel le plus fort et en la divisant par la valeur du débit mensuel le plus faible :
49.7/ 2.98 = ~ 16.68

Lorsque ce coefficient est supérieur à 10, et c’est le cas ici, le régime est dit excessif.

Il est de 28.8 pour les valeurs de débits mensuels forts, où le maximum est atteint en février avec 231 m³/s et le minimum en août, avec 8.02 m³/s. Ces écarts de débits sont très révélateurs du lien qu’il existe entre précipitations et écoulement, et il est dans le cas présent très fort. L’hiver, lorsque les précipitations sont abondantes, les températures relativement faibles et l’ensemble sol/roche-mère présente une constante d’imperméabilité ou un stockage maximum, tous les facteurs favorisent l’écoulement et l’augmentation des débits.

En domaine océanique, la saison froide correspond à la période des hautes eaux. Les précipitations sont relativement élevées et les températures sont trop basses pour permettre l’évapotranspiration qui se restreint ou disparaît. Au contraire, en saison chaude, les précipitations diminuent et l’évapotranspiration augmente. C’est la période des basses eaux.

Ajoutons maintenant aux conditions climatiques, la notion du stockage qui régule, elle aussi, le régime hydrologique du Thouet. Rappelons-le, le bassin-versant du Thouet ne dispose pas de grandes réserves d’eau souterraines et potentielles. Cependant, les aquifères dont il dispose sont assez importants pour jouer un rôle sur le régime de la rivière. Globalement, sur la zone du bassin-versant du Thouet, on organise le stockage souterrain en 4 phases suivant les saisons :

Nous avons décrit ici un schéma classique. En réalité, il varie chaque année en fonction des fluctuations des facteurs en interaction.

Le régime hydrologique du Thouet est très lié au climat qui se caractérise par des précipitations régulières et des températures douces. La nature des roches sur une grande partie du bassin-versant, favorise un écoulement brutal et immédiat.

On peut caractériser le Thouet comme une rivière de régime pluvio-océanique.

6.2.2 - L’apport des affluents

Les quatre principaux affluents du Thouet ont déjà été évoqués au cours de l’étude –tableau récapitulatif p.11-. Ce sont eux qui alimentent le Thouet, de sa source jusqu’à sa confluence avec la Loire mais en différentes quantités et régularités pour chacun d’eux. Pour observer le rôle joué par ces différents affluents sur le Thouet, nous avons calculé les débits spécifiques pour trois d’entre eux. Les débits spécifiques s’expriment en litres par seconde par kilomètre carré, et permettent donc de comparer des rivières aux bassins-versants de tailles variées.

Nous avons dressé un graphique pour faciliter la comparaison :

Moyennes annuelles de débits spécifiques
Réalisation personnelle SOURCE : DDE 49

Figure n° 16 Moyennes annuelles de débits spécifiques

Les débits spécifiques mensuels du Cébron ont été calculés sur 13 ans. Cette période est à peine assez longue pour caractériser le rythme du cours d’eau. Son rythme est comparable à celui du Thouet. Cependant, on remarque sur la courbe, de grosses irrégularités. Cela est dû à la présence d’un barrage qui régule les débits selon les saisons et les besoins en eau. Destiné à l’alimentation en eau potable et à l’irrigation, il a aussi pour but le maintien d’un débit minimal de 500 L/s en période d’étiage. Le Cébron se situe sur le socle granitique du Massif Armoricain. Prenant sa source à des altitudes de l’ordre de 240-250 mètres et confluant avec le Thouet à celle de 70m, il possède une morphologie favorable à l’écoulement.

Le Thouaret, qui ne figure pas sur le graphique par manque de données répond aux mêmes caractéristiques que le Cébron. Il est, lui aussi, situé sur le socle granitique mais l’encaissement de sa vallée est moins fort. Il prend sa source à proximité du Cébron et dispose d’une pente aussi forte. Il semble que l’apport d’eau au Thouet par le Thouaret soit à peu près équivalent à celui du Cébron.

Formé par l’Argent et le Ton, et alimenté par les affluents du Ton et de La Madoire, l’Argenton est le dernier grand affluent de rive gauche avant la confluence du Thouet avec la Loire. L’Argenton, dont les débits spécifiques mensuels ont étés calculés sur 26 ans, se caractérise par une forte amplitude d’apports entre la période des hautes eaux et celle des basses eaux. C’est lui qui draine le plus d’eau en hiver avec une moyenne de 18.45 L /s/ km² au mois de février. A cette même date, le Thouet, à la deuxième place concernant les hautes eaux, déverse 14.99 L /s/ km². Durant la période sèche, les débits de l’Argenton varient entre 0.47 et 0.5 L /s/ km² pour les mois d’août et septembre. Il constitue donc peu d’apports en période d’étiage ou de basses eaux pour le Thouet. Cela fait de lui le cours d’eau le plus irrégulier à l’échelle mensuelle. Son bassin-versant se comporte de manière extrême, écoulant les eaux superficielles sur un sol imperméable. Durant l’année, il fournit tout de même le meilleur apport d’eau avec en moyenne 6.69 L /s/ km².

Enfin, La Dive, seul affluent principal de rive droite et du Maine & Loire, se distingue par le caractère de régularité de ses écoulements. On observe très peu d’écart entre ses hautes et ses basses eaux. Son débit le plus important est de 7.96 L /s/ km² durant la saison hivernale et le moins élevé est celui de septembre avec en moyenne 2.79 L /s/ km². Globalement, c’est la rivière qui fournit le moins d’apports au cours de l’année avec une moyenne mensuelle de 4.74 L /s/ km². Cependant, elle joue un rôle modérateur en période d’étiage du Thouet, l’alimentant dans sa partie aval. C’est le seul affluent qui, de manière naturelle et à l’inverse du Cébron, fournit un apport en quantité relativement élevée au Thouet. Sa régularité dans l’apport des eaux au Thouet s’explique par la nature des roches et la présence de réserves souterraines sur son bassin-versant. La Dive est le plus long affluent du Thouet, alimentée par les cours d’eau du Prepson, La Briande et de La Petite Maine. C’est aussi elle qui possède le plus grand bassin-versant.

D’une manière générale, les affluents du Thouet ont des rythmes quasi équivalents avec toutefois des différences notables en ce qui concerne l’Argenton et La Dive. L’Argenton est très irrégulier et ses saisons hydrologiques sont très marquées ; il est directement soumis au régime des précipitations. La Dive, au contraire, est très régulière. Ses saisons hydrologiques sont peu marquées du fait de la pondération par les réserves souterraines. Les affluents de rive gauche constituent donc des apports saisonniers au Thouet alors que La Dive, affluent de rive droite, apporte une constance d’eau au cours de l’année.

Les affluents, par leurs apports ou leurs manques d’apports, accroissent le phénomène de situations extrêmes sur le cours du Thouet.

6.2.3 - Les crues et étiages

Les étiages

Les étiages ont lieu en saison d’Eté. A cette période, les températures sont au plus fort de l’année, l’ETP est importante, les précipitations sont faibles et les quelques réserves souterraines qui alimentent le Thouet en partie aval s’épuisent.

Le débit d’étiage sur le Thouet peut-être inférieur à 2 m³/s dans sa partie aval.

Comme nous l’avons vu précédemment, ses affluents, à l’exception de La Dive, ont un régime hydrologique directement lié au volume d’eau précipitée. En période de déficit d’eau dans le bilan pluvio-évapotranspiratoire, seules, La Dive et la partie du Thouet, situées sur les terrains sédimentaires aquifères, alimentent le cours d’eau. Par endroits, les écoulements du Thouet sont stoppés. La situation d’étiage est aggravée par les prises d’eau pour l’irrigation. En contrepartie, comme le précise Mr Martin de la CAEDS, des lâchés d’eau s’effectuent au niveau du barrage du Cébron pour soutenir un débit minimum en aval, entre 500 et 600 L /s à Missé.

Figure n° 17 Débits spécifiques en période d’étiage

  Débits spécifiques en L /s/ km²
Cours d'eau Min. Mois le + sec
ARGENTON 0.108 0.258
LA DIVE 2.33 2.62
THOUET 0.327 0.665
Réalisation personnelle SOURCE : DDE 49

Ce tableau exprime des valeurs moyennes d’étiage -calculées au moins sur 24 ans- pour deux affluents, aux régimes hydrologiques différents. Le Thouaret et le Cébron ont des débits spécifiques équivalents à celui de l’Argenton ou du Thouet en période d’étiage.

Les crues

Directement lié aux précipitations, le Thouet peut voir ces eaux monter rapidement et en excès toute l’année sauf en période sèche. On estime qu’il y a risque de crues depuis la fin octobre jusqu’au mois de mai, soit durant sept mois de l’année. Le domaine océanique est marqué par des crues fréquentes mais de puissances modérées.

On peut calculer la puissance d’une crue avec le coefficient de Prade :

A= Débit maximum (m3/s) / √‾ surface du bassin-versant

On obtient pour le Thouet, un coefficient de 9.38 pour la valeur maximum obtenue durant la période 1965-1991 qui est de 540 m3/s. La puissance des crues du Thouet est donc relativement faible. Néanmoins en 1961, des lames d’eau supérieures à 3 mètres par rapport à la situation normale ont été observées notamment sur les communes de Maranzais, Fertevault en Deux-Sèvres.

Selon une étude réalisée par S. Dubois, dans la partie aval du Thouet :

A l’exception de l’Argenton, on observe que les crues les plus importantes en terme de débits ont lieu durant l’hiver. Les valeurs décroissent pour les saisons du printemps et de l’automne. Sur l’Argenton, on observe les eaux les plus hautes durant le printemps. Ce phénomène peut s’expliquer par les apports en eau de stockage souterrain qui s’ajoute aux précipitations en cette saison.

En période de crues, le barrage du Cébron joue un rôle de rétention des eaux, localement certes mais qui permet de réduire quelques peu les débits et donc la puissance des crues.

Figure n° 18 Débits spécifiques en période de crues

  Débits spécifiques en L /s/ km²
Cours d'eau Maximum Mois le + humide
ARGENTON 127 28.2
LA DIVE 17.1 9.79
THOUET 68.7 22.7
Réalisation personnelle SOURCE : DDE 49

Comme pour les valeurs à l’étiage, ce tableau fournit des données moyennes calculées sur une période minimale de 24 ans.

L’Argenton représente le plus gros apport en période de crues. Son débit spécifique maximum moyen est deux fois supérieur à celui du Thouet et sept fois supérieur à La Dive. On constate cependant que les écarts se réduisent durant le mois le plus humide. L’Argenton demeure le meilleur apport d’eau mais proportionnellement, connaît la plus grosse baisse. Une fois de plus, on observe la grande irrégularité du régime de l’Argenton.

6.3 - Transport et érosion

Le Thouet est une rivière à faible compétence en matière de transport et d’érosion. Cependant, l’érosion est accrue par la présence humaine. Tout d’abord, les cours d’eau du bassin-versant du Thouet ne sont quasiment pas entretenus. Même La Dive, qui comme le souligne l’étude de Florence Desnier-Pasquier, a connu une déviation de son cours initial et un recalibrage par la mise en canal, n’est aujourd’hui, pas entretenue. Depuis plusieurs années, aucun curage du lit n’a été effectué et on observe une tendance du cours d’eau à s’envaser et le développement de zones de marais sur ses berges.

Sur le Thouet et ses affluents, le transport, l’érosion et l’accumulation de matériaux sont déterminés par la présence d’ouvrages tels que les chaussées de moulins et les écluses. Ces ouvrages qui, d’une manière générale, permettent le passage de l’eau et stoppent les matériaux, provoquent de gros déséquilibres amont / aval. En amont, les matériaux s’accumulent et provoquent un exhaussement du lit et par conséquent des hauteurs d’eau. Pendant les crues, ces envasements facilitent les embâcles. En aval, pendant les débits de crues ou les lâchés d’eau brutaux, l’eau a la compétence de détériorer les chaussés et d’élargir le lit par érosion des berges.

L’érosion des berges est observable sur le cours d’eau du Thouet – voir photograpie n° 9 -. Là encore, l’Homme en est partiellement la cause. Le cours d’eau creuse les berges lorsque celles–ci ne sont pas stables ou stabilisées par des végétaux. Dans la partie Maine & Loire, le paysage de la vallée est très marqué par cette érosion des berges. Selon une étude du CAUE datant de 1992, plus de la moitié du linéaire présente des signes d’érosion avancée. Cela s’explique par la diminution des parcelles enherbées en bordure de rivière et est directement lié à l’activité agricole. La ripisylve, bande d’arbres qui suit le cours de la rivière, ne dispose pas en Maine & Loire, d’un enracinement suffisant en profondeur pour assurer une stabilité forte des berges. Elle est essentiellement composée de peupliers qui ont un enracinement superficiel. D’ailleurs, aujourd’hui encore, on observe une multitude de peupliers " couchés ", déracinés par les tempêtes de décembre 1999. On constate donc que les peupliers ne sont pas entretenus pas leurs propriétaires, puisque quatre mois après les événements climatiques, sur certaines parcelles aucun travaux de découpe de bois ou d’abattage n’ont été entrepris – voir photographie n° 10 -. Enfin, l’arrachage des arbres par la tempête signifie qu’actuellement, aucune couverture végétale ne protège les berges et les sols sont davantage fragilisés et soumis à l’action de l’eau.

Nous traiterons le sujet de l’érosion et des activités humaines et essentiellement agricoles dans la seconde partie de l’étude.

Erosion des berges du Thouet par mise en culture.

Photographie n°9 Erosion des berges du Thouet par mise en culture. – CAUE 49, 1992

Peupliers couchés par le vent sur le canal de la dive

Photographie n°10 Peupliers " couchés " par le vent sur le canal de la Dive – Simon Georget 22/04/00

6.4 - La qualité des eaux

6.4.1 - Généralités

L’eau, drainée sur l’ensemble du bassin-versant, se charge en matières solubles sous l’effet du ruissellement. D’abord d’une fraction que l’on qualifiera de " naturelle ", composée essentiellement de sels minéraux et matières en suspension. Mais elle comprend aussi une fraction organique, présente dans la fraction dite naturelle mais augmentée par les activités humaines et plus généralement par la présence de l’Homme.

La qualité de l’eau d’une rivière détermine l’usage qu’en fera l’Homme. D’un côté, les hommes " polluent " la rivière par toutes sortes de rejets, et de l’autre, ils puisent dans la ressource que constitue la rivière avec une attente de qualité pour multiplier les usages. Afin de concilier ces deux principes, la loi sur l’eau de 1964 astreint les départements et autres organismes à compétence sur la qualité des eaux, à la mise en place d’Objectifs Qualité sur les rivières.

6.4.2 - Les objectifs de qualité sur le Thouet

Actuellement le Thouet connaît une qualité d’eau peu satisfaisante.

Afin d’améliorer la qualité des eaux du Thouet, les objectifs de qualité suivants ont été mis en place sur le Thouet et sont cartographiés figure n° 19.

D’une manière générale, on désire obtenir une eau de classe de qualité 1B – satisfaisante – sur l’ensemble du réseau hydrographique du bassin-versant du Thouet. Cependant, en aval des villes principales situées à proximité des cours d’eau, l’objectif de qualité est la classe 2 – passable – en raison des rejets urbains. Sur le Thouet, c’est le cas des villes de Parthenay, Thouars, Montreuil-Bellay et de l’agglomération saumuroise. Sur le Dolo, la ville de Bressuire ne permet pas une attente de qualité d’eau de classe 1B, l’objectif est donc la classe 2. C’est aussi le cas en aval de la ville de Saint-Varent sur le Thouaret.

En décembre 1999, l’Agence de l’Eau Loire-Bretagne a fixé les derniers objectifs de qualité au point nodal du SDAGE.

Le point nodal se trouve dans la partie aval de la rivière, sur la commune de Distré en Maine & Loire. L’enjeu de reconquête de qualité des eaux et de préservation des fonctions biologiques de celle-ci détermine la mise en place d’objectifs sur les principaux paramètres et indicateurs de qualité :

GRILLES DE CLASSEMENT :

Grilles de classement qualité des eaux
SOURCE et Réalisation : DDASS & Agence de l’Eau
6.4.3 - Les stations de mesure et les mesures sur le Thouet

On dénombre 8 stations de mesure sur le Thouet qui se localisent sur les communes suivantes –voir localisation figure n° 20 -. D’amont en aval, on les trouve à Secondigny, Azay / Thouet, Châtillon / Thouet, Saint Loup / Thouet, Missé, Saint Martin de Sanzay, Montreuil-Bellay et Chacé.

Ces stations sont gérées par 3 organismes :

Tous les mois, sont pratiquées, sur ces stations, des analyses de différents composants déterminant la qualité physico-chimique de l’eau.

Les paramètres et indicateurs :

- la mesure des MES ( Matières en Suspension) exprime la quantité de substances non dissoutes dans l’eau.

- la teneur en Oxygène dissous. L’oxygène permet le cycle du carbone qui est nécessaire pour la photosynthèse.

- l’azote sous plusieurs formes : NH4+, NO2-, NO3-. Par excès, sa présence est dûe aux activités humaines soit par l’activité agricole, soit par l’urbanisation. Le nitrate est en particulier à l’origine de phénomènes d’eutrophisation. Il détermine essentiellement la qualité du milieu pour la vie et la richesse piscicole.

- Le phosphore (PO43-,…) provient des roches et de la matière organique mais aussi des rejets des activités humaines. Il accentue lui aussi les phénomènes d’eutrophisation.

- La mesure du taux de chlorophylle est un indicateur de l’activité photosynthétique.

- La DBO5 (Demande Biologique en Oxygène au bout de 5 jours) ainsi que la DCO (Demande Chimique en Oxygène) expriment la teneur de l’eau en matières organiques. L’excès de matières organiques entraîne des perturbations dans le peuplement piscicole et des autres espèces vivantes.

L’ensemble des éléments évoqués ci-dessus agit en interaction sous forme cyclique et complexe. S’ajoutent à cela d’autres composants, déterminant la qualité des eaux. Par conséquent, cette liste ne se veut ni exhaustive, ni détaillée.

Tous ces composants sont présents à l’état naturel et sont nécessaires à l’équilibre du cours d’eau. Ils deviennent perturbateurs et créent un déséquilibre lorsqu’ils sont en excès.

6.4.4 - La qualité des eaux du Thouet

Globalement, le Thouet dispose d’eau de qualité moyenne voire mauvaise – classe 2 et 3 sur la grille de qualité physico-chimique - et certaines portions du Thouet ou de ses affluents sont hors classe pour certains paramètres mesurés.

Prenons l’exemple de l’évolution sur 10 ans de la qualité au point nodal du SDAGE:

Figure n° 21 Evolution de la qualité des eaux au point nodal de Distré

  Années
paramètres objectifs 99 89 90 91 92 93 94 95 96 97 98
DBO5 (mg/L) 5 6 9 8 10 9 6 4.9 5.9 6 6.3
classe de qualité                    
Ammonium (mg/L) 0.5 0.46 0.7 0.4 0.9 1 0.26 0.2 0.28 0.25 0.19
classe de qualité                    
Nitrites (mg/L) 0.3 0.27 0.32 0.35 0.37 0.32 0.21 0.24 0.27 0.19 0.17
classe de qualité                    
Nitrates (mg/L) 25 36.9 44.5 49.5 34.8 27.4 37.8 34.2 41.9 51.4 39.5
classe de qualité                    
Phosphore total (mg/L) 0.3 0.86 1.17 1.1 1.4 0.9 0.52 0.34 0.48 0.52 0.3
classe de qualité                    
Chlorophylle A totale (µ/L) 60 54 92 67 181 66 130 94 114 66 109
classe de qualité                    
SOURCE : Agence de l’Eau Loire-Bretagne Réalisation personnelle

Légende Classes de Qualité :

très bonne bonne moyenne mauvaise très mauvaise

On observe une certaine irrégularité dans les paramètres mesurés. Seuls les objectifs d’ammonium et de nitrites sont globalement respectés sur la période étudiée. Pour l’ammonium, on observe une certaine stabilité des valeurs dès 1994 avec une oscillation maximale de 0.28 mg/ L en 1996 à 0.19 mg/ L en 1998. Le schéma est identique pour les nitrites qui dès 1989 avaient des valeurs proches de l’objectif. Les objectifs de DBO5 ne sont atteint que pour l’année 1995, la concentration moyenne annuelle de 4.9 mg/ L est juste en dessous de la valeur seuil (5 mg/ L).

L’objectif nitrate n’est jamais atteint sur la période. On observe une baisse de la concentration en 1992-1993 avec des valeurs de 34.8 et 27.4 mg/ L. La concentration remonte jusqu’en 1997 où elle atteint la valeur de 51.4 mg/L et la catégorie Hors-Classe pour la détermination de la qualité Nitrates.

Dans le tableau ci-dessus, les nitrates sont classés par rapport à la classe de Qualité Nitrates. Dans la grille de détermination de Qualité Physico-Chimique, les valeurs de nitrates s’étalent de la classe 1B à 2. De même, le phosphore est classé en grille de Qualité Phosphore. Seule l’année 1998 respecte l’objectif de qualité. On observe des valeurs très fortes pour les années 1990-1992 avec 1.7 et 1.4 mg/ L, hors classe.

Enfin, les valeurs de la chlorophylle A sont peut-être les plus irrégulières. Quatre années se rapprochent de l’objectif : 1989, pour lequel il est atteint avec 54 μg/ L. En 1991, 1993 et 1997, les valeurs respectives sont de 67, 66, et 66 μg/ L. Pour les autres années, les valeurs extrêmes oscillent entre 92 μg/ L en 1990 et 181 μg/ L en 1992, classées en catégorie 3 – mauvaise-.

Des efforts sont à réaliser pour atteindre les objectifs escomptés et surtout, maintenir une régularité des valeurs de qualité dans les différents paramètres mesurés.

La notion de qualité est à définir avec précaution puisqu’elle varie dans le temps et dans l’espace.

Dans le temps, on constate des évolutions au fil des années mais aussi à l’échelle du mois ou des saisons et parfois même à la journée (en cas de pollution accidentelle).

Dans l’espace, la qualité est déterminée par la situation physique ; l’eau est souvent de plus mauvaise qualité dans sa partie aval qu’en amont puisqu’elle reçoit l’ensemble des affluents. La qualité de l’eau très liée aux activités des hommes, on observe les eaux de mauvaise qualité en aval immédiat des concentrations humaines.

Pour étudier ces variations dans le temps et dans l’espace, nous avons constitué un tableau de données de qualités physico-chimiques sur deux stations de mesure et sur une période de trois ans. - voir figure n° 22 (format .xls) -

La station de Saint-Loup / Lamaire se situe dans la partie amont de la rivière et ne prend pas en considération les eaux des principaux affluents. Au contraire, la station de Chacé, située dans le département du Maine & Loire, prend en compte lors de mesures, l’ensemble des eaux des principaux affluents du Thouet. On observe facilement l’apport en eaux des affluents par les chiffres des débits.

Les données de qualité d’eau sont mesurées en terme de concentration, le plus souvent en mg/ L. Il est important de considérer les débits pour exprimer des valeurs en terme de flux. Pour cela, on multiplie les valeurs de concentration par le débit du cours d’eau (en m³/ s).

Ainsi, on observe peu de différences pour les paramètres mesurés aux stations de Saint-Loup/ Lamaire et de Chacé en terme de concentrations. Si on calcule les flux de produits potentiellement polluants pour ces 2 stations on peut souligner une grande disparité.

Prenons l’exemple des nitrates (NO3-) pour l’année 1995 ( très pluvieuse ). La concentration moyenne est de 7.56 mg/ L à Saint-Loup / Lamaire et de 25.87 mg / L à Chacé. En terme de flux, cela représente environ 500 tonnes par an de nitrates pour la première station et 40 000 tonnes pour la deuxième.

D’ordre général, d’amont en aval, on observe sur le Thouet une légère augmentation de la concentration en MES et de la conductivité du cours d’eau, c’est à dire de la quantité de sels minéraux dissous dans l’eau. C’est une évolution normale sur un cours d’eau.

La concentration en O2 ainsi que le pourcentage de saturation d’O2 indique une légère baisse entre la station de Saint-Loup / Lamaire et celle de Chacé.

La teneur en DBO5 passe de la classe moyenne à la classe bonne d’amont en aval. La rivière joue ici, par processus naturel, un rôle auto épuratoire.

En ce qui concerne les matières azotées, l’ammoniaque voit sa concentration diminuée d’amont en aval alors que le phénomène est inverse pour les nitrites et nitrates. Cela s’explique par l’utilisation du bassin-versant du Thouet comme espace agricole.

Aussi bien en amont qu’en aval, la teneur en phosphates pourtant en baisse, demeure trop importante. Ce phénomène est peut-être lié à la mauvaise efficacité des stations d’épurations sur le bassin-versant du Thouet dans le domaine de " déphosphatation ".

Nous avons déjà abordé la notion du temps pour la qualité de l’eau avec l’exemple de l’évolution de la qualité des eaux sur 10 ans au point nodal du SDAGE.

Dans ce deuxième exemple, on observe de légères différences de teneurs des paramètres mesurés. Ces différences marquent une recherche d’équilibre entre les différents facteurs évoqués au cours de ce chapitre qui agissent en interaction avec le cours d’eau. On observe par exemple une pollution chlorophyllienne à Chacé en 1996 provoquant une eutrophisation de l’eau et créant sans doute un déséquilibre remarquable sur d’autres indicateurs. De même, on observe une teneur anormale d’orthophosphates pour l’année 1995 à Saint-Loup / Lamaire avec 1.34 mg/ L. En ce qui concerne la DBO5 par exemple, on observe une légère augmentation de la teneur durant la période 1994-1996 à Saint Loup / Lamaire et une légère diminution à Chacé. On peut souligner une meilleure auto épuration de la rivière d’amont en aval et dans le temps. La notion de temps permet de définir des valeurs seuils pour les paramètres mesurés.

En ce qui concerne la qualité des cours d’eau, le lien est étroit entre le temps et l’espace. Pour mieux comprendre les mécanismes, il est nécessaire de raisonner sur ces deux dimensions. Il faut ajouter à cela la notion d’échelle de temps.

Faute de temps, nous ne développerons pas cet aspect dans le détail sur cette étude, cependant des graphiques sont mis à votre disposition – voir figure n° 23 ( format word)- afin de vous permettre l’analyse de la qualité à l’échelle mensuelle. On observe alors des concentrations différentes sur l’ensemble des paramètres mesurés. L’évolution des concentrations observées dépend des facteurs en interaction et en particulier des activités humaines.

Le bassin-versant du Thouet, vaste espace de 3315 km² laisse apparaître quelques particularités. Le Thouet parcourt 152 km du Sud au Nord pour se jeter dans la Loire. Son bassin-versant se caractérise par un climat océanique au rythme de précipitations bien réparties sur l’année. De ce fait, le Thouet a un régime potamologique régulier que l’on peut qualifier de pluvio-océanique. Situé sur la zone de contact entre le massif armoricain et le bassin parisien, la géologie du bassin-versant fait que la rivière présente une tendance à réagir brutalement aux précipitations dans sa partie amont. Le phénomène s’atténue en aval. L’ensemble de ces éléments physiques en interaction font du bassin-versant du Thouet un espace attractif pour l’implantation humaine et le développement de ses activités.